
Le symbole est fort. C’est ce dimanche, jour de commémoration du déclenchement de la guerre de Libération nationale, que l’Algérie a donné le coup d’envoi de la deuxième grande opération de décontamination de ses sites d’essais nucléaires coloniaux. Les équipes techniques ont entamé les travaux de sécurisation sur le tunnel d’essais « Béryl 2E », situé à In Ekker, dans la wilaya de Tamanrasset. À travers cette action d’envergure, Alger réaffirme sa souveraineté et sa détermination à assainir le Sahara, quitte à devoir le faire seule face au blocage diplomatique imposé par Paris.

Une souveraineté scientifique face au « secret d’État »
Devant le « refus persistant » des autorités françaises de coopérer, notamment en réttenant les registres précis et les cartes d’enfouissement des déchets, le ministère de la Défense nationale (MDN) a fait le choix de l’autonomie. L’armée mobilise ainsi exclusivement des compétences scientifiques et des moyens matériels nationaux.
Sur le terrain, les équipes algériennes déploient un protocole rigoureux, conforme aux normes internationales les plus strictes. Les opérations consistent au traitement, au ramassage et au confinement des résidus hautement toxiques dans des conteneurs en béton armé et isolés, afin de stopper définitivement les émanations radioactives.

Un passif colonial qui paralyse le développement
Entre 1960 et 1967, la France a procédé à 17 essais nucléaires (atmosphériques et souterrains) dans le Sud algérien. Plus de soixante-cinq ans plus tard, ce lourd héritage continue de faire des victimes. Alger dénonce avec virulence le refus de la France d’assumer ses responsabilités pénales, morales et sanitaires.
Au-delà du drame de santé publique qui frappe les populations locales, cette pollution invisible constitue un frein majeur pour l’économie nationale. De vastes zones autour de Reggane (Adrar) et d’In Ekker (Tamanrasset) restent totalement paralysées, interdisant tout projet d’infrastructure, d’agriculture ou de développement socio-économique au profit des habitants de ces régions.
En réaffirmant sa volonté de poursuivre ces interventions hautement complexes jusqu’à la réhabilitation totale des territoires touchés, l’État algérien envoie un message clair : la mémoire et la sécurité de ses citoyens ne sauraient dépendre du bon vouloir de l’ancienne puissance coloniale.