
L’Interpol a procédé à l’arrestation de 58 individus au terme d’une vaste opération internationale de huit mois menée dans 22 pays. Parmi les pays concernés figurent notamment la France, l’Allemagne, l’Italie, les États-Unis, l’Argentine et la Roumanie, ainsi que deux pays africains, l’Afrique du Sud et le Nigeria. Tous les 22 pays concernés ne sont toutefois pas cités dans le bilan rendu public. En Argentine, les autorités ont démantelé une infrastructure de type « crime-as-a-service », proposant des solutions techniques ainsi que des services de blanchiment d’argent à des centaines d’escrocs. En Roumanie, les enquêteurs ont saisi 330 000 euros en espèces et en cryptomonnaies, ainsi que six biens immobiliers, dans le cadre d’un vaste coup de filet visant une escroquerie à l’investissement portant sur 143 millions d’euros. En Afrique du Sud, 39 personnes ont été arrêtées à Johannesburg, tandis que 2,3 millions d’euros ont été saisis et 257 comptes bancaires bloqués. Baptisée « Jackal IV », cette offensive transcontinentale met en évidence la professionnalisation croissante de la cybercriminalité à l’échelle mondiale, avec des réseaux impliqués dans des escroqueries sentimentales, des fraudes aux faux ordres de virement et des affaires de sextorsion visant notamment des mineurs âgés de 14 ans et plus.
Une traque planétaire aux méthodes chirurgicales
Menée de novembre 2025 à juin dernier sous la houlette d’Interpol, l’opération Jackal IV s’est attaquée au cœur financier des syndicats du crime. De Johannesburg à Buenos Aires en passant par Bucarest, les polices de six continents ont serré l’etau.
Plutôt que de se limiter à l’interpellation de simples exécutants, les enquêteurs ont fait le choix stratégique de remonter les flux d’argent illicites. Une approche saluée par Tomonobu Kaya, directeur du Centre de lutte contre la criminalité financière et la corruption d’Interpol :
« En suivant les flux financiers illicites au-delà des frontières, nous attaquons la raison d’être profonde des réseaux criminels. »
Du campus nigérian à la multinationale du crime
Née en 1977 sous le nom de Neo-Black Movement of Africa au sein de l’université du Bénin, dans l’État d’Edo au Nigeria, Black Axe était à l’origine une simple confrérie étudiante non violente. Sa mutation en machine à blanchir et en organisation mafieuse mondiale s’est appuyée sur le recrutement méthodique d’informaticiens de haut vol.
Aujourd’hui, l’organisation pèse lourd dans l’économie souterraine :
- Implantation : Environ 30 000 membres essaimés à travers 16 zones en Europe, 7 en Asie, 6 en Amérique du Nord, 4 en Afrique et 2 en Amérique du Sud.
- Chiffre d’affaires illicite : Évalué à plus de 4,3 milliards d’euros annuels, captés via le trafic de stupéfiants, la traite d’êtres humains notamment de jeunes femmes nigérianes vers
- l’Italie et la France et la cyberfraude à grande échelle.
Des chiffres en trompe-l’œil : la stratégie du gel des avoirs
Si le bilan quantitatif de cette quatrième édition affiche 58 arrestations (un score en net recul par rapport aux quelque 300 interpellations de l’opération Jackal III en 2024, menée dans 21 pays), il traduit un changement de paradigme opérationnel : frapper au portefeuille pour asphyxier les réseaux.
Les saisies illustrent cette mutation tactique sur le terrain :
- En Afrique du Sud : Épicentre du bilan avec 39 arrestations à Johannesburg, 2,3 millions d’euros saisis et 257 comptes bancaires verrouillés.
- En Argentine : Démantèlement d’une infrastructure de type crime-as-a-service (location de solutions techniques et de blanchiment pour des centaines d’autres escrocs).
- En Roumanie : Saisie de 330 000 euros (en espèces et cryptomonnaies) et de six biens immobiliers dans le cadre d’un vaste coup de balai contre une escroquerie à l’investissement de 143 millions d’euros.
Derrière la baisse apparente du nombre de menottes cliquetant à l’issue de Jackal IV, Interpol démontre que la véritable défaite des mafias modernes se joue dans la neutralisation de leurs flux bancaires transfrontaliers.