
La Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD) amorce un tournant stratégique décisif pour son avenir. Réunis à Tripoli à l’occasion de la 22ᵉ session ordinaire de leur Conseil exécutif, les États membres ont examiné les chantiers prioritaires de l’organisation, marqués par une forte volonté de redynamisation institutionnelle. Au cœur de ces échanges, la Guinée-Bissau, représentée par sa ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et des Communautés, Fatumata Jau, s’est imposée comme une voix de premier plan pour exiger des réformes structurelles et des résultats tangibles.
La CEN-SAD : Des origines libyennes aux ambitions panafricaines
Fondée le 4 février 1998 à Tripoli sous l’impulsion de six États pionniers :la Libye, le Mali, le Niger, le Soudan, le Tchad et le Burkina Faso, la CEN-SAD est devenue l’une des huit Communautés économiques régionales (CER) officiellement reconnues par l’Union africaine.
Aujourd’hui forte de 25 à 29 États membres selon les ratifications de son traité révisé, l’organisation s’étend de l’océan Atlantique à la mer Rouge. Son rôle historique en Afrique repose sur une double ambition :
- L’intégration économique : Établir un marché commun via la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux.
- La sécurité collective : Stabiliser un espace transfrontalier lourdement éprouvé par le terrorisme, la criminalité organisée et les crises environnementales.
Après avoir traversé une période d’incertitude liée à l’instabilité politique en Libye ayant entraîné la délocalisation provisoire de son secrétariat exécutif à N’Djaména (Tchad) , cette session de Tripoli consacre le retour progressif de ses instances à leur siège historique.
La Guinée-Bissau : Un trait d’union stratégique entre l’Atlantique et le Sahel
Bien qu’essentiellement côtière, la Guinée-Bissau occupe une place géopolitique majeure au sein de la CEN-SAD. En intégrant cette organisation, Bissau a étendu sa profondeur stratégique en se connectant aux dynamiques économiques et sécuritaires de l’hinterland africain.
Pour la diplomatie bissau-guinéenne, la CEN-SAD constitue un levier multilatéral indispensable. Elle permet de mutualiser les efforts face aux menaces transnationales (telles que le trafic de drogue et la criminalité transfrontalière dans le Golfe de Guinée) tout en ouvrant de nouveaux corridors commerciaux pour ses produits agricoles à travers le continent.

La plaidoirie de Fatumata Jau : Transparence, sécurité et inclusion
À la tribune de Tripoli, la ministre Fatumata Jau a porté un message de rupture et de pragmatisme. Loin des déclarations d’intention, la Guinée-Bissau exige que la renaissance de la CEN-SAD repose sur des bases solides et mesurables.
La plaidoirie bissau-guinéenne s’articule autour de quatre axes prioritaires :
- Une gouvernance irréprochable: Fatumata Jau a insisté sur l’impératif d’une gestion financière et administrative transparente des institutions communautaires. Pour Bissau, la crédibilité restaurée de la CEN-SAD auprès des partenaires internationaux dépend d’une reddition stricte des comptes.
- Une sécurité régionale orientée résultats: Face à la persistance de l’extrémisme violent dans la bande sahélo-saharienne, la ministre a plaidé pour des actions conjointes concrètes, une meilleure coordination du renseignement et l’activation de mécanismes opérationnels de pacification.
- Une synergie agricole et commerciale : Rappelant les vocations économiques initiales de l’organisation, la Guinée-Bissau appelle à stimuler les échanges commerciaux intracommunautaires et à co-investir dans des projets agricoles résilients face au changement climatique.
- Un pacte pour la jeunesse et les femmes: Constatant que les crises affectent de manière disproportionnée les franges les plus vulnérables de la population, la représentante bissau-guinéenne a exigé que les futurs programmes de la CEN-SAD intègrent des perspectives concrètes d’autonomisation économique et d’insertion professionnelle pour les femmes et les jeunes.

En se positionnant comme le chantre de l’efficacité et de la transparence, la Guinée-Bissau démontre que sa participation à la CEN-SAD ne relève pas de la simple figuration diplomatique. À Tripoli, Bissau a rappelé que l’intégration africaine ne se fera que si l’intérêt direct des populations est placé au centre des décisions.