Le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Mahmoud Ali Youssouf, invite à dépasser la simple gestion des urgences humanitaires pour éradiquer structurellement la faim sur le continent africain, en s’appuyant sur le nouveau plan décennal de développement agricole.
D’Addis-Abeba, correspondance particulière.– Le constat est aussi cruel que paradoxal. Malgré un potentiel agricole immense, des ressources naturelles à profusion et une population majoritairement jeune, des millions d’Africains souffrent encore d’insécurité alimentaire et de malnutrition. Ce constat, aggravé par le dérèglement climatique, les conflits armés et les turbulences des chaînes d’approvisionnement mondiales, a été au cœur de la réunion de haut niveau organisée ce mardi 3 novembre 2026 au siège de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, entre l’organisation continentale et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR).
S’exprimant devant un parterre de dignitaires, parmi lesquels le roi Letsie III du Lesotho champion de l’UA pour la nutrition et Jagan Chapagain, secrétaire général de la FICR, le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a lancé un appel vibrant à un changement de paradigme. Pour le chef de l’exécutif de l’UA, l’Afrique doit impérativement s’affranchir de la seule logique d’assistance d’urgence pour traiter les causes profondes et structurelles de la faim.
Le plan d’action 2026-2035 en première ligne
Pour opérer ce virage stratégique, l’UA brandit sa nouvelle feuille de route : la Déclaration de Kampala, adossée à la stratégie et au plan d’action du Programme détaillé de développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA) pour la période 2026-2035. Ce programme ambitieux repose sur cinq piliers fondamentaux :
- Production et résilience: Intensifier les investissements dans l’irrigation, moderniser les techniques agricoles et renforcer le soutien direct aux communautés rurales.
- Transformation locale et ZLECAf: Accélérer l’industrialisation agroalimentaire sur le continent pour générer de la valeur ajoutée et structurer des chaînes de valeur régionales, tout en exploitant le levier du marché unique africain pour réduire la dépendance extérieure.
- Nutrition et inclusion: Placer activement les femmes et les jeunes, forces vives du continent, au centre de cette révolution agricole.
- Nexus Sécurité-Alimentation : Arrimer systématiquement les réponses humanitaires de court terme aux politiques globales de paix, de sécurité et de stabilité.
- Financement stratégique : Mobiliser les capitaux nécessaires à la mise en œuvre de ce plan décennal, en s’appuyant sur des alliances public-privé et des partenariats internationaux de premier plan, à l’instar de celui consolidé avec la FICR.
En guise de conclusion, Mahmoud Ali Youssouf a rappelé que l’objectif « faim zéro » sur le continent ne relevait pas de la simple ambition politique, mais d’une « responsabilité morale collective. Un impératif non négociable pour que l’Afrique concrétise enfin les promesses de prospérité portées par son Agenda 2063.