Par la Rédaction
La signature d’un accord militaire inédit entre le gouvernement libyen de l’Est et le Niger devait sceller la sécurité du Sahel. Pour l’instant, les ballets diplomatiques simultanés des factions libyennes à Paris font laissent un doute sur l’équilibrage diplomatique au sahel . Face à ce jeu d’équilibriste dangereux, l’heure est à la méfiance.

Le coup d’éclat de Benghazi face au paradoxe parisien
Le 1er novembre, le gouvernement libyen de l’Est a frappé un grand coup en recevant à Benghazi le Premier ministre du Niger. Sous l’égide du général Saddam Haftar, un protocole de coopération militaire inédit a été paraphé, prévoyant la création d’une zone militaire commune. L’objectif affiché était clair : traquer les groupes terroristes, juguler la contrebande et verrouiller une frontière hautement stratégique.
Mais l’illusion d’une alliance sahélienne totalement affranchie des influences occidentales n’a duré que vingt-quatre heures. Dès le lendemain, le général de division Khaled Haftar, chef d’état-major général des forces de l’Est et aîné de Saddam Haftar, lançait une offensive diplomatique d’envergure à Paris. Reçu en visite officielle, il a scellé le renforcement de sa coopération militaire avec la France, saluant le « rôle historique » de Paris et réclamant formations, entraînements et équipements pour ses troupes.
La contre-offensive de Tripoli et le piège français
Pendant que l’Est libyen négociait avec les autorités françaises, le gouvernement de l’Ouest (Tripoli) déployait sa propre contre-offensive. Ce même mardi, le général Salahuddin Al-Namroush arrivait à Paris à la tête d’une importante délégation. Reçu à son tour par le général Fabien Mandon, chef d’état-major particulier de la présidence française, le patron de l’armée de Tripoli a tenté de faire contrepoids en axant ses discussions sur l’assistance technique et la sécurisation des frontières.
Cette simultanéité à Paris dévoile un jeu de dupes particulièrement dangereux pour la stabilité du Sahel. Alors que le Niger du général Tiani a courageusement rompu ses relations militaires et économiques avec la France pour restaurer sa pleine souveraineté, son nouveau partenaire libyen courtise activement le même palais de l’Élysée.

Un jeu dangereux : Pourquoi Niamey doit impérativement surveiller cet accord
Une question cruciale brûle désormais toutes les lèvres : si la France devient le formateur officiel, le conseiller technique et le fournisseur d’équipements des troupes de Saddam Haftar, Paris ne va-t-elle pas récupérer indirectement un accès aux données stratégiques, géographiques et sécuritaires de la frontière nigérienne ?
En s’alignant sur les intérêts français pour obtenir une légitimité internationale, le clan Haftar introduit un loup dans la bergerie sahélienne.
Pour Niamey, le message est limpide : il est impératif de surveiller de très près la mise en œuvre de cet accord frontalier. Le Niger et la Confédération des États du Sahel (AES) doivent faire preuve d’une méfiance absolue pour s’assurer que l’ancienne puissance coloniale ne revienne pas surveiller et infiltrer le territoire africain par le biais de l’allié libyen.